Jouer avec l’insaisissable

Du 19 mars au 31 mai 2026 | Vernissage > vendredi 27 mars à 18h30

Qu’il s’agisse de peinture, de gravure, de papier suspendu dans l’espace ou de superpositions translucides, je travaille les plans, la lumière et la physicalité de l’image. Les feuilles de papier japonais, flottantes, laissent apparaître ou disparaître un second plan selon le souffle de l’air. L’image devient mobile, vivante.

Je cherche une peinture contemplative : ni mièvre ni fragile, mais sensible et délicate. Des images qui suggèrent sans s’imposer. Des images qui nous habitent. Je veux du beau, du vivant, de l’insaisissable.

La question de l’impression et de la répétition est fortement liée à mon expérience d’imprimeur typographe. La gravure occupe désormais une place centrale dans mon travail. J’aime le moment précis où l’image apparaît au tirage. Même répétée, chaque impression devient unique. Par un procédé spécifique, je rends chaque tirage singulier, j’apporte une picturalité, comme si l’image se révélait à nouveau, différemment. J’aime cette surprise.

Enfant, avant l’ère numérique, j’ai rêvé d’une photographie capable de montrer ce qui se passait juste avant et juste après l’instant saisi. Une image contenant sa propre mémoire. Aujourd’hui, alors que le « live » et la vidéo sont omniprésents, je tente paradoxalement de créer des images fixes qui bougent — par la lumière, par le support, par le sujet.

Le travail chorégraphique, en particulier celui d’Anne Teresa De Keersmaeker m’a beaucoup inspiré. Elle parle de la danse en disant : Chorégraphier c’est incarner une abstraction. Chorégraphier, c’est rendre visible une structure invisible. Peindre, pour moi, relève d’un geste similaire : donner forme à ce qui échappe.

Peindre, c’est se souvenir.

C’est faire apparaître ce qui était déjà là, mais que la lumière n’avait pas encore révélé.  

 

Bio

Née en 1982, formée aux Beaux-Arts de Rennes puis en gravure à École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles, Estelle Aguelon inscrit son parcours au croisement de l’image imprimée et du geste éditorial.

En 2009, elle reprend une imprimerie typographique en Auvergne. Pendant dix ans, elle imprime et illustre des ouvrages pour Cheyne éditeur, maison de poésie installée en Ardèche, approfondissant un rapport sensible au texte, au papier et à l’encre.

Aujourd’hui, revenue vivre à Rennes, elle développe un travail personnel qui se déploie principalement à travers la gravure, la peinture et le dessin. Ses recherches interrogent les limites du lisible et les seuils de perception. Elle explore le paysage et l’image en mouvement, moins comme représentation que comme apparition.

Dans une approche poétique, elle imprime des rocs, des ombres, parfois la mer entière, sur des papiers d’une grande fragilité. Elle cherche ainsi à faire affleurer ce qui demeure ténu, diffus, presque indicible.

Son travail est présenté à la galerie Galerie Prodromus depuis 2017. Elle a également exposé à de nombreuses reprises en Auvergne-Rhône-Alpes, notamment à la galerie Galerie L’Inclusive et à L’Arbre Vagabond. Elle a récemment participé aux Journées de l’Estampe à Paris et son travail sera présenté à la Biennale de gravure du Léon, dans le Finistère, en mai 2026.

En parallèle, elle enseigne en école d’art et propose régulièrement des workshops ainsi que des ateliers de découverte de la typographie et de la gravure.

Plus sur Estelle Aguelon > estelleaguelon.comInstagram